Quand nous sommes partis en tour du monde, notre objectif n’était pas de cocher des cases sur une carte ou de faire la liste des choses à voir absolument. Non, le tour du monde, pour nous, c’était autre chose.
C’était un choix assumé: vivre des expériences au plus près des habitants, comprendre leur quotidien, leur rythme, leur réalité. Pas seulement traverser un pays. Mais s’y plonger.
C’est ce qui nous a poussés à multiplier les missions Workaway chaque fois que c’était possible.
Et en arrivant en Mongolie, nous avons continué dans cette voie.
Pour nous, pas de visite du désert de Gobi. Trop touristique, trop lissé, trop prévisible. Ce que nous cherchions, c’était une aventure plus brute, plus simple, plus vraie.
Et cette quête nous a menés jusqu’à Khatgal, un village isolé du nord de la Mongolie, à 700 kilomètres d’Oulan-Bator… pour partager la vie d’une famille nomade, dans une yourte, en plein cœur des steppes.

Une semaine dans une yourte, hors du temps
La famille se composait des grands-parents et de leur petite-fille de quatre ans. Nous étions cinq à vivre dans une yourte unique, une seule pièce circulaire, sans cloison, sans intimité.
Au centre, un poêle à bois. Tout autour, des lits simples. Pas de toilettes, d’eau courante ou d’électricité. Juste un petit téléphone cellulaire que l’on rechargeait grâce à des panneaux solaires bricolés.
Arthur et moi dormions à même le sol, dans nos sacs de couchage. Le matin, sortir du sac était une épreuve, tant que le feu n’avait pas été rallumé.
Il faisait –26°C. Un froid qui vous mord les doigts, les joues, les os. Un froid qui vous rappelle combien la chaleur est un luxe.
Et pourtant, malgré cette rudesse, il y avait une forme de beauté extrême dans ce dépouillement.
La simplicité du quotidien. La routine du feu. Le silence. L’absence totale de connexion. Pas de notifications. Pas de bruit artificiel. Juste le réel, pur et rugueux.
Communiquer sans les mots
Il n’y avait aucune langue commune entre nous. Ni eux ni nous ne pouvions nous comprendre avec des mots.
Et pourtant, des liens se sont créés.
On s’est mis à communiquer autrement. Par gestes, par regards, par sourires. Et parfois, des fous rires — ceux qui naissent des incompréhensions, des tentatives maladroites, de la joie d’avoir finalement compris l’essentiel d’une phrase grâce à un mime.
On a partagé leurs tâches. Aller chercher de l’eau, couper du bois, s’occuper des chèvres et des yaks.
Observé la grand-mère cuisiner, ses gestes précis, silencieux. Nous avons vu sur leurs visages les marques du vent, du froid, du travail en plein air. Ils avaient sans doute la cinquantaine, mais leurs traits en disaient long sur leur endurance, patience, résilience.
Ce quotidien, pour nous, relevait de l’extraordinaire. Pour eux, c’était simplement la vie.
Et cette confrontation entre nos réalités nous a rendu humbles. Très humbles. On savait que dans quelques mois plus tard, nous serions de retour devant nos ordinateurs, à cliquer sur des slides PowerPoint ou des fichiers Excel.
Mais là, on était dans le vrai.
On est tombés malades — et on a appris
Le seul moment où nous avons tenté de “faire à notre façon”, c’était pour l’eau. La famille ne buvait pas l’eau de la rivière, même bouillie. Elle était gelée, stagnante.
Mais nous, un peu têtus, avons cru pouvoir la purifier avec nos pastilles. Résultat: malades, et obligés de rentrer plus tôt à Oulan-Bator.
C’est un détail, mais un rappel fort: l’adaptation, ce n’est pas une option. C’est une nécessité.
Et parfois, les locaux ont raison. Toujours, même.

Ce qui reste
Je ne pense pas que je revivrai un jour une expérience comme celle-là… c’était hors du temps, hors du confort, mais tellement humain.
Ce que je retiens ? Ce n’est pas juste un voyage. C’est un moment suspendu, qui m’a changée.
Et ce sont ces souvenirs-là, quand on est rentré chez soi, que l’on garde le plus précieusement.
Pas les musées, pas les monuments.
Mais ce feu qu’on rallume le matin. Ce thé partagé sans un mot. Cette petite fille de quatre ans qui vous regarde en riant.






